China Fashion Week 2007, le style chinois moderne s'éveille ...
la Chine entre dans la mode.

Textes et photos : Camille Levert
Pékin, le 26 mars 2007

La 10ème édition de la China Fashion Week s'est tenue à Pékin du 19 au 25 mars 2007

Il y a dix ans, en 1997, Mo Wandan vivait à Canton. Elle était âgée de 9 ans et, sans qu'elle le sache, la première Fashion Week de Chine s'ouvrait à Pékin.

Pékin, lorsque le vélo prédominait par rapport à la voiture, que les codes vestimentaires ne laissaient passer aucune forme d'originalité, et se réduisaient à ceux du bleu Mao, et autres costumes uniformes gris, noirs ou bleus. Tout le monde était habillé pareil, pas d'originalité, pas de coupes de cheveux sortant de l'ordinaire, pas de maquillage. C'est en 1997 que ce dernier a fait son apparition à Pékin à l'occasion de la première China Fashion Week. Les premiers mannequins maquillés et coiffés à la mode occidentale, furent pour le public d'alors, une véritable découverte. Celle de l'esthétisme, et aussi, celle de la mode.

Aujourd'hui Mo Wandan a 19 ans, et elle est top modèle. Elle fut incontestablement la reine des podiums de cette Fashion Week chinoise, par sa beauté, mais aussi par son titre de meilleur top modèle chinois, fraîchement gagné lors de la précédente Fashion Week de novembre 2006. Elle fait partie des rares mannequins chinois à défiler pour les couturiers de la scène internationale.

Dans les coulisses du défilé de la Collection d'Irène Van Ryb. Les mannequins attendent leur tour pour défiler.

Mais les tops modèles chinois ne sont pas les seuls à faire leur entrée dans le monde élitiste et exigeant de la mode. Les designers, de plus en plus créatifs, sont aussi au rendez-vous.
 

Depuis ses débuts en 1997, la Fashion Week chinoise a beaucoup évolué. D'annuelle et purement chinoise elle est devenue un rendez-vous bi-annuel et international, accueillant non plus quatre collections fortement inspirées des tendances occidentales, mais plus d'une trentaine de créateurs chinois et étrangers reconnus, ainsi qu'une centaine de nouveaux talents chinois.
Plus ouverte sur le monde, la Chine s'en trouve aussi plus exposée. Dans la mode, point de salut pour qui se contente de copier. Les créateurs chinois l'ont bien compris. Ils proposent d'ores et déjà des collections ancrées dans un style qui devrait séduire l'Occident aussi bien que les nouveaux riches de l'Empire du milieu, un style moderne chinois. Celui que tout le monde attend et analyse. Un style chinois délivré de ses codes du passé, délivré du cocktail "Hong-Kong-Japon", mille fois visité, que ce soit dans la variété ou dans le design d'intérieur.
Les jeunes designers, encore peu connus dans leur pays, voire tout juste diplômés, ont fait une entrée remarquée lors de ces neuf jours consacrés à la création.
IZU en est un exemple parmi d'autres. Ancien étudiant de Mod'Art à Paris, il a présenté sa collection homme avec une évidente tranquillité.

Dans les coulisses du défilé de la Collection d'Irène Van Ryb, juste avant le défilé.

   

Peu déstabilisé par les quelques remous qui agitent les coulisses juste avant le défilé, il estime cependant que l'organisation des préparatifs est mauvaise.
"Vous voyez bien", dit-il en montrant les multiples habilleuses et assistantes qui s'affairent autour des mannequins et des portants à vêtements, "il y a trop de monde, et en plus il n'y a pas de lumière". De retour du défilé, il reconnaîtra qu'il a reçu son prix "sans surprise". De toute façon, il n'a pas encore les moyens d'ouvrir sa boutique ou même de produire pour le rayon d'un grand magasin, il est obligé de travailler pour une autre marque en tant que designer.
De son côté, Ping Wu est impatiente. C'est la première fois qu'elle participe à une Fashion Week, et elle mesure sa chance. "C'est très difficile de présenter ses collections ici, c'est seulement sur invitation. Je suis très heureuse d'être ici aujourd'hui mais ça n'est pas non plus capital pour moi. Mon style est très particulier, si le jury n'apprécie pas, tant pis, ce n'est pas grave."

Dans les coulisses du défilé de la Collection d'Irène Van Ryb, une mannequin occidentale s'examine une dernière fois dans le miroir avant de défiler.

   

Le jury n'a pas retenu sa collection mais Ping Wu n'est pas venue pour rien. Un membre de Who's Next a repéré son écharpe multi usages (bonnet, manches, écharpe), et lui a proposé un marché. "C'est super ! C'est beaucoup plus important que d'avoir remporté un prix ! C'est un marché qui s'ouvre à moi" s'exclame-t-elle.

Du côté des Français, il semblerait que la Fashion Week chinoise ne soit pas de tout repos. Au rayon Who's Next et Première Classe, laboratoire international des tendances de mode et d'accessoires, il y a un problème de chaussures et le jeune styliste français doit systématiquement passer par une interprète pour s'adresser aux mannequins chinois encore non anglophones. Les accessoiristes semblent ne pas avoir anticipé les petites pointures des mannequins chinois. Mais cet incident qui n'est pas un détail pour qui doit marcher la tête haute devant des centaines de personnes, s'est produit sur d'autres défilés, sans pour autant en altérer la qualité. Le défilé Who's Next qui s'est déroulé devant son président, a offert une explosion de couleurs et de fraîcheur qui a ravi le public chinois et les quelques occidentaux présents.


Dans les coulisses du défilé de la Collection d'Irène Van Ryb. Les neuf jours de la China Fashion Week sont aussi pour les mannequins chinoises, l'occasion de se faire connaître auprès des créateurs étrangers.
   
Dans les coulisses du défilé d'Irène Van Ryb, créatrice française habituée de la China Fashion Week, le directeur artistique s'arrache les cheveux. Suite à un problème de traduction, les habilleuses chinoises n'ont pas respecté l'ordre des thèmes sur lesquels l'équipe Van Ryb a travaillé pendant un mois. "Elles ont tout fait dans le désordre, c'est un mois de travail fichu en l'air", se lamente-il.
Alors que sous les projecteurs défilent calmement et superbement les mannequins, en coulisse, c'est la tempête.
Les assistantes chinoises chargées de "lancer" les filles sur la scène en respectant le rythme, les arrachent littéralement des bras des habilleuses. "Allez, dépêchez-vous, dépêchez-vous !". Une manque de trébucher, une autre risque un signe de mécontentement.

Une effervescence palpable à tous les niveaux de cette 10ème édition de la China Week, où conférences de presse, cocktails vip, défilés, concours se sont succédés, comme autant d'occasions pour les professionnels présents d'échanger les fameuses cartes de visites et de palper le pouls mondain chinois.

"Dépêchez-vous!", car l'entrée de la Chine dans le monde de la mode n'attend pas. A l'aube des Jeux Olympiques, la Chine compte aussi faire entendre sa voix sur la scène de la créativité vestimentaire. Pour un jour sûrement, rejoindre Paris, Londres, Milan et New York, en tant que capitale asiatique de la mode. Jean-Luc Amsler, couturier français, a déjà choisi lors de la précédente China Fashion Week : "Pékin est une ville de la mode, comme Paris ou Milan", a-t-il déclaré en novembre dernier. "C'est une capitale chargée de culture et d'histoire, il est important que les créateurs locaux et internationaux y montrent leur créativité". Pour l'heure, le public et les photograhes y étaient presque exclusivement chinois.
Mo Wandan, cantonaise de 19 ans et de 1,80m, a été élue meilleure top modèle chinoise lors de la cérémonie de clôture de la China Fashion de novembre 2006. Elle défile pour les plus grands noms de la mode internationale tels que Armani ou Lanvin. Présente tout au long de la Fashion Week, Mo Wandan fut la star des défilés et des internviews. Photos des défilés consultables ici
   
 
Jiang Peilin est un top modèle connu en Chine. Lors de la China Fashion Week, elle a défilé en mannequin star pour la collection sportswear de la marque chinoise Chaoyue, aux côtés de Mo Wandan.  
   
Dans la salle de maquillage, maquilleurs et coiffeurs s'activent dans un espace un peu trop petit pour accueillir tout le monde.
Une mannequin peaufine son maquillage sous un éclairage limité.
   
 
Ping Wu, jeune créatrice chinoise de 31 ans. Ping Wu revient s'installer en Chine après avoir vécu en aux Etats-Unis, à Milan et dernièrement à Paris. Ne sibissant aucune influence, Ping Wu a réussi à créer son style bien à elle. Echarpes convertibles en bonnet ou manche, combinaisons asymétriques, pantalons amples ... elle veut des formes, des tissus et des couleurs "zen". Ses créations ont été remarquées par les organisateurs du défilé Who's Next, dénicheur de talents.  
   
 
Izu a gagné le deuxième prix du concours Qipai qui a eu lieu vendredi soir, devant le président de Who's Next, laboratoire international des tendances de mode. Izu, qui a étudié à l'Institut Mod'Art à Paris, parle le français, ce qui est un atoût certain pour les créateurs chinois. C'était sa troisième Fashion Week, un événement qu'il a aussi vécu à Tokyo au Japon.  
   
 
Dans les coulisses du défilé Who's Next, les habilleuses chinoises testent une jupe sur elles, pour être plus efficace au moment du défilé.  
   
 
Les femmes de ménage nettoient le sol avant un défilé. Textes et photos : Camille Levert
   
 
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